Cela commence comme ça :
Tu n'es plus très sûre de tenir entre tes contours,
Tu n'imagines pourtant pas avoir quitté ton lieu, quelque chose a bougé, sans que tu saches quoi.






C'est l'éveil.





Sors,
Va te fondre dans les noirs profonds du sous-bois et amorce ta cueillette.

Les rameaux de saule, détaches-les du tronc, fais-en des baguettes.
Ne te laisse pas troubler par le fracas des branches et glisses-les dans la poche de ta veste.
Reprends la marche.
Avance à l'oreille.




Peu importe que la route ait été comblée par des pierres.
La source a grossi, elle déborde d'éclats de voix.
Tu avances.





Après les feuillages, tu découvres la peau nue,
Les corps recouverts d'écumes et de paille brûlée,
Rincés par les heures lentes.

 





Dans l'eau,
Sombre à ton tour,
Laisse-toi déborder.


De retour chez toi, les baguettes de saule, tu les lieras entre-elles et les glisseras dans un pot pour les offrir au feu.
Froides, tu traceras des corps avec leurs cendres.




Sur la pierre de la terrasse encore chaude du soleil de midi, tu chercheras les ombres des corps.
Tu chercheras des ombres comme à l'approche de la rivière.
Des ombres comme des sous-bois.
Tracées dans la cendre.
Sur la pierre.